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Considérant que le soutien émotionnel est un facteur important notamment dans la saine régulation émotionnelle, la capacité d’adaptation aux événements traumatiques, et la santé physique, pourquoi est-ce si difficile de dire que « ça ne va pas »?

photo by Serato

Pourquoi est-ce si difficile de dire que « ça ne va pas »?

29 mars, 2021
Adrianne Pauzé, thérapeute candidate PsyD

En séance, je remarque qu’il m’arrive régulièrement de demander à deux reprises comment mes clients se portent. 

 

« Bonjour! Comment ça va ce matin?

  • Ça va bien!
  • OK, et comment ça va pour vrai?
  • [sourire gêné] Ouin, ça ne va pas vraiment, je suis plutôt déprimé, la semaine a été dure…»

À croire que de m’enquérir de l’état de mes clients relevait davantage de la politesse que d’un réel intérêt! Même s’il est vrai qu’il est de bon usage d’adopter le « ça va, et vous? » souriant et courtois lorsque l’on croise le livreur ou que l’on rencontre quelqu’un pour la première fois, il semble que certaines personnes ont plus de difficulté à retirer ce masque jovial, même lorsque « ça ne va pas ». Considérant que le soutien émotionnel est un facteur important notamment dans la saine régulation émotionnelle, la capacité d’adaptation aux événements traumatiques et la santé physique, pourquoi est-ce si difficile de dire « ça ne va pas »?

 

Pourquoi on évite de se confier?

Qu’est-ce qui fait que l’on ne partage pas nos émotions désagréables (souvent décrites comme « négatives »)? Plusieurs croyances peuvent expliquer que l’on ne se permette pas de partager ses émotions à ses proches. Ces croyances sont issues de notre éducation, de nos expériences de vie, de la culture dans laquelle on évolue, de l’attitude de nos proches, etc. Il peut être pertinent de se questionner sur nos croyances face à l’expression et au partage des émotions.

 

« Je ne peux pas exprimer ou parler de ma tristesse, je vais avoir l’air faible » 

– D’où me vient cette croyance? Est-ce toujours vrai? Est-ce que je dirais cela à mon enfant?

 

« Mes proches ont bien mieux à faire que de m’écouter, j’ai peur d’être un fardeau et de les faire fuir. » 

Qu’est-ce qui me fait dire ça? Quelle est ma propre réaction lorsqu’un ami se confie à moi?

 

« Mes amis ne sauront pas quoi dire… et de toute façon ils ne peuvent rien faire pour me faire sentir mieux. » 

Si un à ami vivait la même situation, qu’est-ce que je ferais? Est-ce que je voudrais être présent pour l’autre même si je ne peux pas changer la situation?

 

« Je suis une personne joyeuse, je ne veux pas commencer à parler de ma frustration tout le temps ou même pleurer, ça va être lourd! » 

Est-ce que le fait de parler de sa frustration ou pleurer de temps à autre fait nécessairement de moi une personne lourde et négative? Est-ce qu’il y a des nuances à cette croyance?

 

« Je ne veux pas me sentir comme ça. J’ai peur qu’exprimer mes émotions me fasse sentir encore moins bien! »

Est-ce que vraiment le fait de masquer les émotions fait que l’on se sent mieux? Quel est l’impact à long terme sur mon bien-être? Pour en savoir davantage sur l’évitement émotionnel ou l’acceptation des émotions difficiles, je vous invite à consulter les excellents articles de mes collègues (en Anglais seulement) : Emotional avoidance: Make it go away! et All About Emotions! Accepting Difficult Emotions And Feeling Strong Feelings Without Acting.

 

Comment on partage ses émotions?

 

Repérer des gens en qui on a confiance et prendre le risque de se confier. Il peut s’agir d’un ami, d’un membre de la famille, d’un collègue de travail, d’un voisin… Même si ce n’est pas habituel de se confier à cette personne, cela peut permettre de briser la glace pour l’autre qui vit peut-être même quelque chose de similaire!

 

Choisir le moment. Ce n’est peut-être pas le moment d’amorcer une discussion sur son humeur plutôt triste 5 minutes avant de partir pour le travail. Je suggère souvent de demander à l’autre si c’est un bon moment pour jaser. Si ce n’est pas le cas, vous pourrez alors planifier un moment plus tard où chacun sera disposé physiquement et émotionnellement.

 

Nommer ce dont on a besoin. « J’ai juste besoin de parler et que tu m’écoutes/me serres dans tes bras. Pas besoin de trouver une solution » ou au contraire « J’ai un conflit avec mon fils et je ne sais plus quoi faire. Qu’est-ce que tu ferais à ma place? »

 

Accepter que les autres aussi aient leurs limites. Parfois, la personne à qui on veut se confier n’est pas dans un état (affectif, psychologique, ou physique) pour nous écouter au moment où on en aurait besoin. Par ailleurs, pour certains, entendre la souffrance d’autrui génère des émotions qu’ils ont du mal à gérer (comme la colère ou l’impuissance). Pour d’autres, ils se sentent mal à l’aise et ne savent tout simplement pas comment réagir.

 

En tout temps, vous pouvez également vous tourner vers les lignes d’écoute, qui sont des services justement conçus pour offrir du support lorsque l’on en ressent le besoin. Certains organismes offrent même des services de clavardage! Consulter un professionnel en santé mentale peut également être une option lorsque vous sentez que « Non, ça ne va pas ».

Tel-Aide
514-935-1101
www.telaide.org

 

Écoute Entraide
514 278-2130
Ligne sans frais pour tout le Québec : 1 855 EN LIGNE (365-4463)
www.ecoute-entraide.org

 

Interligne
1-888-505-1010
https://interligne.co/

references

Brillon, P. (2017). Comment aider les victimes souffrant de stress post-traumatique. Montréal, Québec : Éditions Québec-Livres. 

Dubé, L. (2006). Les relations interpersonnelles. In R. J. Vallerand (Ed.), Les fondements de la psychologie sociale (pp. 329-380). Montréal, Québec: Gaëtan Morin.

Linehan, M. (2014). DBT? Skills training manual. Guilford Publications.

Reblin, M., & Uchino, B. N. (2008). Social and emotional support and its implication for health. Current opinion in psychiatry21(2), 201.

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