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Lorsque je me remémore mon parcours académique, je me souviens à quel point il était difficile d'entrer aux études supérieures. Il m'a fallu sans doute (et je soupçonne mes collègues également) une bonne dose de travail acharné mais aussi une dose de perfectionnisme. En clinique, lorsque le thème des exigences élevées et du perfectionnisme est abordé, j'entends souvent la phrase suivante: «Si je ne l'avais pas été, je ne serais probablement pas rendu où je suis aujourd'hui». La question se pose. Dans une société axée sur la performance, est-il avantageux d'être perfectionniste?  Nous pouvons facilement penser aux nombreux bénéfices pouvant découler des attitudes et comportements perfectionnistes (promotion au travail, organisation de la maison, etc.). Par contre, à quel moment et comment peut-on déterminer si le perfectionnisme est néfaste ou devient contre-productif? Pour répondre à cette question, il faut établir la distinction entre le perfectionnisme sain de celui qui est problématique.

Le perfectionnisme sain se caractérise par la présence de standards de performance élevés. Toutefois, les attentes et les critères de réussite demeurent réalistes (ex: selon les capacités et/ou les conditions dans lesquelles la tâche doit être réalisée).  

Voici quelques indications pouvant aider à mieux situer le perfectionnisme sain.

1) Le perfectionnisme sain permet aux individus de retirer une satisfaction personnelle suite aux efforts déployés ou à l’accomplissement d’une tâche.

2) Les attitudes ou comportements associés au perfectionnisme sain ne visent pas uniquement l’approbation des autres ou encore l’évitement de conséquences négatives (ex: crainte d'être critiqué). L'individu ne va donc pas évaluer sa valeur personnelle en fonction de ses performances ou des jugements portés par les autres.

3) Les attitudes ou comportements perfectionnistes sont considérés comme étant flexibles en fonction du contexte et de l’importance de la tâche.

Contrairement au perfectionnisme sain, les attitudes et comportements de l’individu présentant un perfectionnisme problématique sont orientés de façon à obtenir l’approbation des autres ou à éviter certaines conséquences négatives (ex: être jugé négativement) plutôt que sur la satisfaction pouvant découler d’un objectif réalisé. Cette présence de standards personnels élevés peut fréquemment s'accompagner d’une tendance excessive à l’autocritique.

À titre d'exemple, voici quelques indications lorsque le perfectionnisme peut devenir problématique:

1) Les attentes et les standards établis sont difficiles voire impossibles à atteindre;

2) Le perfectionnisme est présent même pour les activités de moins grande importance (ex: est-il vrai que cet objectif doit être atteint?);

3) La présence de standards ou attentes élevés altère la performance (ex: temps déployer à la tâche excessif);

4) le perfectionnisme est fréquemment associé à d’autres difficultés (p.ex., anxiété, dépression, crainte d'être jugée, etc.).

Si jamais vous vous reconnaissez dans la catégorie du perfectionnisme problématique et que cela engendre des conséquences négatives dans votre vie, voici quelques petites suggestions rapides d'exercices utiles:

Remettre en question nos perceptions et nos croyances. Si je fais une erreur au travail, quelles sont les conséquences réelles? Si cela arrivait à un/e de mes collègues, de quelle façon je percevrais la situation? Est-il vrai que cet objectif doit être atteint?

S'exposer à des imperfections. Le but de l'exercice ici est de volontairement s'exposer à des imperfections ou à des erreurs et d'en observer les résultats. Bien souvent, ces exercices permettent de contredire nos perceptions des conséquences que l'on redoute.  Vous pouvez par exemple oublier de faire un dessert lors d'un souper entre amis, envoyer un courriel en ne le relisant qu'une seule fois, défaire un ordre de rangement quelconque ou encore déléguer certaines tâches qu'on aurait tendance à prendre sous notre responsabilité.

Fixer des objectifs réalistes et à prioriser. Pour y arriver, il peut être aidant par exemple de séparer nos tâches à accomplir en sous-tâches, plus réalistes et moins longues.  Les tâches à accomplir peuvent également être classifiées en trois catégories : urgente, importante et peu importante/peut attendre.

Prendre des risques: La peur de faire des erreurs ou d'être jugé peut parfois nous limiter dans certaines activités/sports/loisirs que l'on voudrait entreprendre. Le fait de prendre des risques (ex: participer une activité) et de se focaliser sur le plaisir procuré plutôt que sur le rendement peut contribuer à diminuer nos traits perfectionnistes.


Jacinthe Lemelin est une psychologue à la clinique Connecte Groupe de psychologie de Montréal. L’équipe de Connecte aime bien écrire sur les diverses façons d’améliorer notre santé mentale et inclure la psychologie dans notre vie quotidienne. Pour plus de conseils utiles, consultez les blogues de Connecte, les baladodiffusions, suivez-nous sur Instagram @connectepsychology ou aimez notre page sur Facebook.


Références

Antony, Martin, et Swinson, Richard (1998). When perfect isn't good enough: Strategies for coping with perfectionism. Oakland, CA : New Harbinger.

Boivin, Isabelle et Marchand, André (1996). Le perfectionnisme et les troubles anxieux. Revue Québécoise de psychologie, 17 (1), 131-163.

Ramirez-Basco, Monica (2000). Y’a-t-il des perfectionnistes heureux? Le jour, éditeur.