
Le 16 mars, 2026
Par: Leanne D. Rondeau, M.A. M.Ed., psychologue clinicienne
Lorsque les gens commencent à consulter en psychothérapie, il n’est pas rare qu’ils se sentent accablés par la quantité de leur histoire qu’ils souhaitent partager en une heure si brève. Souvent, ils ont enduré leur souffrance en silence pendant longtemps. Je perçois leur urgence, leur besoin de soutien et de soulagement. Par moments, je me dis qu’il serait merveilleux de pouvoir simplement transférer un fichier de leur cerveau au mien : expériences de vie, pertes, abus, réactions émotionnelles, relations, déceptions, rêves, etc. Un effort bien moindre. Mais, en y réfléchissant, cela semble aussi assez complexe. Ce n’est pas un fichier unique, pour ainsi dire, et souvent il semble que les relations entre ces fichiers soient plus significatives que leur contenu lui-même. Les êtres humains sont fascinants et complexes.
À d’autres occasions, les personnes arrivent avec une idée précise qu’elles ont besoin de soutien pour changer, comprendre ou intégrer quelque chose d’important, sans toutefois savoir exactement quoi. Elles peuvent se sentir épuisées sans raison évidente. Souvent, elles ont l’impression d’avoir atteint un mur. « Vous pouvez juste me poser des questions », diraient-elles parfois.
En fonction de divers facteurs et situations, nous pourrions tous, à un moment donné, nous reconnaître davantage dans le premier ou le second exemple : suis-je une personne agitée qui réfléchit sans cesse, ou ai-je tendance à me déconnecter ? Suis-je plus centré sur mes expériences internes ou suis-je davantage tourné vers l’extérieur ? Est-ce que cela dépend du contexte dans lequel je me trouve ou des personnes avec qui je suis ?
Être capable de vivre pleinement nos expériences tout en prenant simultanément du recul est ce qu’on appelle souvent « La Fenêtre Thérapeutique » ou « le point optimal de la neuroplasticité ». C’est un endroit où l’on peut discuter et explorer ce que l’on a vécu sans que notre fréquence cardiaque n’augmente de manière excessive ; un endroit où l’on se sent en sécurité ; un endroit où l’on fait face à un défi modéré. C’est un espace où l’on peut explorer différentes options et éveiller notre curiosité vis-à-vis de nous-mêmes et de notre histoire. Tout cela à la fois, et c’est précisément là que les changements se produisent. C’est là où l’on parvient à accéder à notre sagesse intérieure. De nombreuses personnes décrivent cela comme un état de difficulté ou de défi à un niveau de 6 sur 10.
Ainsi, l’une des tâches les plus importantes en consultation est d’aider les personnes à se sentir suffisamment en confiance pour atteindre cet équilibre : se rapprocher davantage de leurs émotions ou se déplacer vers la périphérie de leurs expériences émotionnelles et relationnelles, selon leur point de départ.
Cozolino, Louis. The Neuroscience of Psychotherapy. Healing the Social Brain. Third Edition. W.W. Norton & Company. New York, 2002
Gingras, Marc-Antoine; La Charité, Carl. L’autosupervision dialogique en intervention sociale. Intégration et création de savoirs en contexte de crise relationnelle. Presse de L’Université Laval, 2019.